Un conte de Noël

Le petit Dieu

Il était une fois

Dans un pays bien loin d’ici

Un modeste foyer très uni.

Tous deux étaient emplis de joie

Car la jeune femme attendait un enfant.

 

Par une douce et chaude soirée de printemps,

Elle ressentit, terriblement,

Les premières douleurs de l’accouchement.

Perdus au coeur de la forêt,

Personne ne pouvait les aider.

Courageuse, la jeune femme se plaignait à peine.

Mais trop fragile et affaiblie,

Peu à peu, elle s’éteignit.

Le mari prit ses mains dans les siennes,

Et, agenouillé à ses côtés,

Désespéré, il implora les divinités.

 

Soudain jaillit une lumière,

Colorant de rose les joues de la jeune femme,

Insufflant assez de force à son âme

Pour qu’elle devienne mère.

Elle eut le temps de serrer

Contre son sein épuisé

Son petit enfant nouveau-né,

Lui murmurant des mots d’amour,

Tandis que, dans la forêt,

Doucement se levait le jour.

 

Mais, dans le ciel avait été décidé

Que seul l’enfant survivrait.

La jeune femme s’éteignit

Et le père resta anéanti.

D’un regard vide, il contempla son enfant.

Celui-ci était si différent

Qu’il en fut épouvanté. Bien trop malheureux

Pour réaliser que son fils était un Dieu.

Dès lors, il le laissa seul des journées entières,

Buvant et pleurant des larmes amères.

Par bonheur, la pauvre mère,

Dans son extrême sacrifice et ses heures dernières,

Avait insufflé à cet être remarquable

Ses ultimes forces vitales et sa bonté inépuisable.

 

C’est ainsi que le petit Dieu comprit,

Dans son sang et sa chair meurtrie,

Qu’à lui-même il ne devrait sa survie.

Inquiet et angoissé, très vite, il grandit.

Lorsqu’il fut en âge,

Ses premiers mots, de prononcer,

Et bien qu’il fût très sage,

Son père le chassa dans la forêt.

D’autres que lui auraient été malheureux,

Mais débrouillard était le petit Dieu.

Partout, il gambadait,

Partout, il humait.

D’odeur en exhalaison,

Il découvrit une maison.

Les effluves en guise de paysage

Le menèrent à un village.

 

Le petit Dieu n’était pas très difficile,

Il mangeait ce qu’on lui donnait.

Parfois même, il finissait

Des restes infâmes et vils.

Plus il grandissait,

Plus son coeur se bonifiait.

Il ne pensait qu’à faire le bien,

Consoler et apaiser son prochain.

De tous les environs on venait le consulter

Pour recevoir secours et félicité.

Le petit Dieu lavait les pieds

De tous ceux venus le visiter.

Bientôt célèbres furent ses jugements,

Sa compassion et son dévouement.

Et puis, un beau jour, le petit Dieu

De faire des miracles, fut en mesure.

Ô combien son âme était bonne et pure,

Combien tous, à ses côtés, étaient heureux !

 

Cependant, des villageois mécontents,

De ses pourtant sages jugements,

En vinrent à encourager dans leur coeur

Une noire et honteuse rancoeur.

Cruels et stupides,

Ils se laissèrent contaminer

Par un égoïsme perfide

Et décidèrent de se venger.

 

Le petit Dieu fut maltraité

Jusqu’à son dernier souffle, expirer.

Même si rien ne meurt véritablement

Et que tout est éternel recommencement.

Il regagna le ciel, jappant joyeusement.

De sa vie, la mort était le couronnement.

À faire le bien, il avait tant oeuvré

Que son âme était en paix.

 

La vie n’est qu’un chemin enténébré.

Par les cailloux blessés, par le soleil brûlés, par la pluie détrempés,

Nous ne faisons que subir notre destinée.

Mais le soleil peut réchauffer, la pluie rafraîchir et les cailloux nous abriter.

Sur cette route ardue, pénible et rude

Peuvent jaillir allégresse et béatitude.

Chaque petite flamme

Allumée en notre âme

Jamais ne s’éteindra,

Et bien après notre passage brûlera.

À la joie, efforçons-nous avec ardeur,

Car le mérite mène au bonheur !